Uber Eats et Deliveroo prennent 28 à 35 % de commission. Un site de commande "en direct" peut réduire ce coût à 3-8 % (frais de paiement + hébergement). La tentation est grande de basculer en direct. La réalité opérationnelle est plus nuancée. Voici comment arbitrer.
Le calcul de marge brute (qui séduit)
Sur une commande à 25 € :
- Via Uber Eats : commission 30 % → 17,50 € en caisse, soit 7,50 € de coût plateforme
- Via votre site direct : frais Stripe 1,4 % + abonnement plateforme amorti ≈ 1 € de coût total
Sur 1 000 commandes/mois à 25 €, l'écart représente 6 500 € de marge supplémentaire. Sur le papier, c'est imparable.
Le vrai coût du canal direct
Le calcul ci-dessus omet plusieurs coûts indispensables à la réussite :
- Acquisition trafic — sans budget publicitaire, votre site direct attire 5 commandes/mois. Budget réaliste : 500 à 1 500 €/mois en SEA et social media
- Logistique livraison — vos clients commandent, mais qui livre ? Stuart, Olvo, Coopcycle facturent 6-9 € par course
- Support client — pas de plateforme entre vous et le client, donc vous gérez 100 % des réclamations
- Outil de commande — site, app, intégration paiement, mise à jour menu = 50 à 300 €/mois selon la solution
Le coût direct "tout compris" s'élève souvent à 10 à 15 % du chiffre d'affaires direct — pas 1 %.
Comparaison réaliste
| Élément | Plateforme tierce (UE, Deliveroo) | Canal direct |
|---|---|---|
| Acquisition client | Incluse (l'app les apporte) | Vous payez (SEA, social) |
| Livraison | Incluse | À organiser et payer |
| Paiement | Inclus | Stripe / Sumup ≈ 1,4 % |
| Support client | Plateforme gère 1er niveau | Vous gérez tout |
| Outil de commande | Inclus | Site / app ≈ 50-300 €/mois |
| Marketing visible | Algorithme + bannières | Vos pubs uniquement |
| Coût total | 28-35 % | 10-15 % |
L'écart reste favorable au direct — mais pas 30 points, plutôt 15-20.
Quand le canal direct devient pertinent
Le direct rentre en plein dans 4 scénarios :
1. Clientèle fidèle déjà acquise
Vous avez 300-500 clients réguliers identifiés (via fichier email, programme fidélité, contact local). Ils commanderont en direct sans que vous ayez à payer leur acquisition.
2. Zone à faible concurrence plateforme
En périphérie ou en zone rurale, les plateformes ont moins de livreurs disponibles et moins de visibilité. Votre canal direct peut être plus rapide et plus rentable.
3. Niche premium avec ticket élevé
Un restaurant gastronomique à ticket moyen 50-80 € rentabilise vite un canal direct — la commission absolue économisée est élevée par commande.
4. Multi-marques avec rationalisation
Si vous opérez plusieurs marques, un site unique qui les rassemble peut convertir un client venu pour "burger" en client "pizza" — chose impossible sur Uber Eats où chaque marque vit isolée.
Quand le direct est piégeux
À l'inverse, certains profils restent perdants en direct :
- Restaurant nouveau sans base client → 100 % de coût acquisition
- Faible volume (< 30 commandes/jour) → frais fixes du site direct trop lourds
- Zone hyper-concurrentielle → coût d'acquisition Google Ads très élevé (5-10 € par commande)
- Sans équipe capable de gérer support et logistique
La bonne stratégie : hybride
La plupart des restaurants performants gardent les deux canaux :
- Plateformes tierces pour l'acquisition et le volume
- Canal direct pour fidéliser les clients réguliers et améliorer la marge moyenne
Une commande sur deux passe via plateforme tierce, une sur deux en direct = répartition équilibrée qui combine acquisition large et marge optimisée.
L'effet "redirection" subtil
Une fois qu'un client a commandé chez vous via Uber Eats, vous pouvez le "rediriger" vers votre canal direct via :
- Flyer dans le sac de livraison avec QR code et code promo direct
- Email de remerciement (si l'adresse est partagée par la plateforme)
- Sticker "Commandez en direct 10 % moins cher" sur le packaging
Le coût de conversion est faible et la marge récupérée est durable.
Pepprio dans cette stratégie
Pepprio permet de gérer dans une même interface les commandes des plateformes tierces et celles de votre canal direct. Vous voyez en un coup d'œil la répartition, vous pouvez comparer la marge nette de chaque canal, et vous optimisez l'effort marketing là où il est le plus rentable.
Conclusion
Le canal direct est rentable — mais pas à 3 % de coût comme on l'entend parfois. Plus réaliste : 10-15 %, soit environ la moitié de ce que coûtent les plateformes. La bonne stratégie n'est presque jamais "tout direct" ni "tout plateforme", mais un mix qui combine acquisition large et fidélisation marge optimisée. L'outillage qui consolide les deux canaux fait la différence.